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restauration d'une EGMOND Thunder III

Voici maintenant la sixième relique que j'ai eu envie de restaurer. D'abord c'est la marque, de bien mauvaise réputation, qui a attiré mon attention sur une annonce Ebay. D'après les photos, la guitare paraissait en état moyen mais je dirai normal eu égard à son âge, elle avait quand même fière allure et je me suis dit qu'avec quelques soins elle serait tout à fait belle. D'autant plus qu'elle était présentée comme "Egmond Thunder III de 1963 d'origine, tout est OK, fonctionne parfaitement", donc rien que de très rassurant !

Cependant possèdant une documentation importante sur de nombreuses marques d'instruments vintage, j'avais quand même repéré que le chevalet capoté n'était pas d'origine sur ce modèle .... ce qui avait motivé de ma part une demande de baisse de prix, laquelle après un premier refus, avait finalement été acceptée ... Ne jamais perdre de vue qu'un instrument vintage doit au minimum être dans son état d'origine, ce qui est maintenant rare tant les modifications apportées au fil du temps à ces vieux instruments par leurs propriétaires successifs, sont nombreuses et pour ne citer que les plus couramment observées, le changement des mécaniques, le remplacement du chevalet, sans compter la disparition des logos, des bras de vibrato, et autres capots. Mais ce qui était concevable il y a quelques décennies ne l'est plus, car de nos jours on trouve d'excellentes guitares pour vraiment pas cher ! Vous aurez beau changer tout l'accastillage de votre relique, d'abord ça vous coûtera aussi cher que d'acheter un instrument neuf, et si votre manche est trop épais, trop étroit et le corps en palette de Rungis, votre casserolle restera une casserolle. En plus vous détruirez ce qui appartient et témoigne du patrimoine musical des années passées.

État des lieux

Au déballage, l'état de la guitare était conforme à ce que j'attendais, l'odeur indiquait toutefois qu'elle avait séjourné longtemps dans une cave, un garage, ou un grenier, ce qui n'est pas le top pour une guitare. Mais quand même, les petits coups, éclats, rayures, étaient  un peu plus apparents que ce qui était montré sur la photo. Là aussi attention à la qualité des images insérées dans les annonces, par exemple ici le reflet du flash masque ou diminue l'importance des détails. Ce que j'apprécie beaucoup de la part des vendeurs (souvent US mais hélas pas européens) c'est qu'ils montrent presque toujours en gros plan ce qui ne va pas, et ça évite les mauvaises surprises ! Or, ici il y en avait une, c'est que l'usure des frettes des cinq premières cases était assez prononcée pour mériter d'être signalée. Vous voyez ici sur la photo de l'annonce, une vue du manche montrant les frettes à partir de la douziéme case, c'est à dire la partie qui est souvent la moins jouée, donc la moins abimée ... ! C'est une vue inutile qui ne permet de vérifier ni la rectitude et la coubure du manche, ni l'alignement des frettes .... et encore moins l'usure des premières frettes. J'admet que pour certaines photos de détails tels que des frettes marquées, si l'on ne possède pas d'objectif macro cela reste peu visible. Mais dans ce cas on l'indique en commentaire ! Bref cet instrument n'est pas d'origine au niveau du chevalet et il n'est pas de 1963 mais vraisemblablement de 1969/70.

Après ce préambule, première chose à faire c'est vérifier que l'électronique fonctionne correctement avec les trois micros opérationnels, et sur ce sujet l'absence de crachement des potentiomètres, et l'absence de ronflement montrent que tout est OK. Les vis des micros sont assez abimées et il faudra prévoir leur remplacement ainsi qu'éventuellement la prise jack qui paraît quelque peu oxydée. J'avais également prévu un démontage total de cette plaque afin de pouvoir la rénover, mais les trois switches à glissière étant fixés par des rivets et non par des vis, rendent plus compliqué cette opération. Je vais donc abandonner cette brillante idée. Après démontage voici ci-dessous la plaque supportant les micros recto et verso permettant de voir l'électronique. Je soupçonne aussi le switch métallique de ne pas être d'origine. Petite précision sur ce pick-guard nacré qui devait être plus blanc à l'origine et qui a pris une teinte miel pas désagréable : cette plaque de protection est mince avec un seul plis et un millimètre d'épaisseur ce qui rend délicat sa manipulation car les trois micros fixés dessus sont lourds et il ne faut surtout pas la saisir par les extrémités sous peine de les briser. J'ai d'ailleurs vu sur internet pas mal de ces plaques avec une ou plusieurs extrémités cassées !

La deuxième chose à faire est de procéder au démontage total de l'instrument en prenant soin de mettre toutes les pièces, et en particulier les vis, dans une boite fermée pour ne pas les perdre, car elles ont souvent des formes et dimensions difficilement retrouvables aujourd'hui. Voici le détail de l'accastillage une fois nettoyé, avec le chevalet de remplacement trouvé miraculeusement en vente sur internet. Pas de soucis de ce côté là toutes ces pièces ont retrouvé une fois nettoyées, un aspect brillant bien agréable à voir.

Les réfections ...

Le bilan du manche n'est pas brillant ... Au démontage nous avions remarqué la présence d'une cale sous la forme de deux bouts de carton, mais uniquement sur la partie gauche du talon. Après vérification, il s'avère que le talon est légèrement plus épais du coté droit ce qui nécessitera une rectification. Nous découvrons également assez rapidement que ce manche a été repeint en noir avec peu de soins, et l'épaisseur de la touche rapportée en palissandre est également recouverte de peinture noire ... curieux ! Lors du grattage de cette peinture sur les bords de la touche et à l'emplacement des plocs à reboucher une laque rouge apparaît rapidement sous la peinture noire. Idem pour l'arrière de la tête, sur laquelle devrait apparaître le numéro de série gravé à travers le vernis. Et là rien .... j'ai été obligé de gratter jusqu'au bois pour apercevoir une trace très faible d'un numéro devenu illisible. Pourquoi l'avoir gratté à ce point, car je sais d'expérience qu'il est difficile de faire disparaître un tel gravage, sauf à reboucher/poncer. Une simple couche de peinture n'aurait pas suffit à le dissimuler ? Autre surprise, au niveau du talon la touche est légèrement décollée, donc recollage à prévoir ... ! Là aussi en parcourant internet, j'ai vu que ce problème arrive de temps en temps sur ces guitares ce qui témoigne quand même d'une fabrication de qualité médiocre.

Malgré que je n'en ai pas la preuve, il est possible que l'arrière de la tête et du manche aient été de couleur sunburst avant d'être repeint totalement en noir. Je me contenterait de repeindre en noir après rebouchage/ponçage de tout l'arrière. Ce bilan manche en images.

 

Au chapitre de la tête de la guitare, le problème de la conservation du logo Egmond s'est posé. Il s'agit d'un logo couleur doré foncé appliqué au pochoir comme celà se faisait beaucoup dans les années 60. J'ai envisagé un moment de le redessiner sur la base d'une photographie et de faire réaliser une décalcomanie pour le remplacer. Cependant il aurait été nécessaire de faire disparaître l'ancien logo ce qui aurait signifié également la disparition de la couleur sunburst et là .... j'ai donc renoncé et décidé de préserver autant que possible cette tête malgré la remise en peinture impérative de la tranche et des bords.

Après retrait du masquage, la touche palissandre et ses bords qui ne sont plus recouverts de peinture noire, sont passés à la laine de verre fine dans le sens du bois, et enduite d'huile de citron et la touche reprend un  bel aspect. Il n'était pas question de changer les frettes usées ce qui représente un travail trop délicat pour moi et souvent destructeur pour la touche si ce n'est pas fait correctement, et le faire effectuer par un luthier aurait coûté trop cher.  Je me suis contenté d'un léger nettoyage, ponçage et polissage pour atténuer les traces d'usure, qui sont bien entendu encore visibles mais ne gèneront pas beaucoup la jouabilité de la guitare.

Pour ce qui concerne le corps, il est en multiplis d'une épaisseur de 34 mm et est assez lourd. Les chocs, éclats et erraflures divers sont nombreux et particulièrement sur les cotés. J'ai beaucoup hésité sur la solution à adopter et j'ai même été tenté de la repeindre totalement en rouge, mais après recherches, il semble que ce modèle n'ait été disponible qu'en sunburst et peut-être aussi en vinyle rouge. Donc j'ai préféré essayer de préserver cette couleur en lui redonnant toutefois un petit coup de jeune.

 

Pour la remise en état des cotés ou les dégats sont toujours nombreux, il faut d'abord reboucher les trous et inégalités avec du mastic de finition carrosserie ou de la pâte à bois, cette dernière ayant l'avantage d'être disponible en tube dans plusieurs tons bois. Par soucis d'économie j'ai utilisé des fonds de tube ou de boite qui me restaient ce qui fait que j'ai du gris et du chène clair .... le chène foncé aurait mieux convenu et aurait été couvert plus facilement par la peinture !

Comme je ne dispose ni d'un pistolet ni d'un compresseur, j'ai utilisé de la peinture décorative noire brillante en aérosol de 400 ml de chez bricorama. Les couches déposées par les aérosols sont fines, et plusieurs couches seront donc nécessaires avec entre chacune un léger ponçage à l'eau au grain 500 ou 800. Avant peinture des cotés, j'ai masqué les faces latérales de la guitare. Il faut ensuite après retrait du masquage reprendre en peinture les bords des deux faces de la guitare ce qui est évidemment assez délicat pour un non professionnel, ce qui est mon cas je vous rassure .... c'est donc à votre portée ! Il faut peindre en tenant la bombe à 45 degrés et toujours du centre de la guitare vers l'extérieur.... oui je sais beaucoup de peinture part ainsi dans la nature (attention à l'environnement immédiat qui sera aussi repeint en noir ....) mais c'est inévitable. J'ai quand même consommé quatre bombes pour repeindre les côtés et le manche de la guitare. Pour revenir à cette peinture des bords il faut être très attentif à une tendance à faire des lisières trop larges qui du coup vont recouvrir la laque rouge d'en dessous. Je vous rapelle qu'il s'agit là d'un sunburst trois couleur brun/rouge/noir ...

Je pense utile de vous préciser que le temps de séchage préconisé par le fabricant de peinture doit être respecté avant de passer à l'étape suivante, même si comme moi, on est toujours pressé de voir le résultat final ... N'oubliez pas qu'entre "sec au toucher" en 2 ou 3 heures, sec "entre couches" 24 heures, et "sec à coeur" parfois plusieurs semaines .... bref il faut prendre son temps pour accomplir cette tâche. Et petit rappel, ne la posez pas sur votre stand habituel car vous risquez une réaction chimique entre la peinture et les embouts en mousse ou plastique de votre stand !

Cette parenthèse refermée, revenons aux irrégularités des faces avant et arrières qui ne sont pas rattrapables. Il n'est pas question de tout poncer et repeindre de la même couleur, car il faut utiliser des laques transparentes jaune puis rouge, qui laissent apparaître le veinage du bois. Ces laques sont disponibles chez Steward McDonald, mais malheureusement pas exportables vers la France. Je dois bien reconnaître que j'ai un peu et même beaucoup hésité sur la façon de traiter le problème. J'ai fais de nombreuses manipulations et notamment d'abord camouflé les rayures les plus importantes par de petites touches délicates de peinture mélangée entres-elles pour obtenir une teinte se rapprochant le plus de la couleur se trouvant à proximité (genre restauration de tableaux). Ensuite après avoir testé plusieurs vernis, j'ai renoncé à une finition brillante qui me paraissait trop "clinquante", et j'ai opté pour deux couches de vernis aspect bois ciré de chez syntilor dont il me restait un bidon d'un bricolage antérieur. Pas totalement satisfait non plus car malgré une application avec un rouleau en mousse "spécial vernis", il y a un effet peau d'orange qui reste un peu visible. Bien s'assurer quand même que les différentes peintures et vernis sont compatibles entre elles, mais évidemment la composition étant rarement précisée, se fier aux instructions de nettoyage des outils : si c'est à l'eau tous les produit devront être acrylique, si c'est au white spirit tout devra être polyurethane. Après polissage l'aspect est assez tout de même assez sympathique. Alors même si je suis un peu déçu car les défauts des faces avant et arrière n'ont pas disparu mais sont tout de même atténués, ce qui est finalement et à la réflection, bien approprié pour garder à l'instrument son aspect "vintage".

 

Comme vous venez de le voir sur les photos ci-dessus le résultat est quand même pas mal. Petites précisions sur cet instrument qui doit dater de la fin des années 60, début 70 car il est pourvu du dernier type de micro de chez Egmond avec plots séparés sous forme de vis de réglage sous chaque corde. Pour ce qui concerne le poids bien qu'identique à celui de ma Stratocaster soit environ 3,4 kg, tout ce poids est dans le corps qui paraît bien "lourd". La tête du manche est assez petite et l'espacement entre les mécaniques plus étroit que le standard, ce qui laisse peu de place au gros doigts pour l'accordage et le changement de cordes. Le manche possède vingt et une cases ce qui n'est pas courant chez Egmond.  Quoiqu'un peu plus épais qu'un manche actuel il reste très honnête, et sous réserve d'insérer une cale de 0,5 mm sous le talon, l'action devient correcte. Le chevalet est du type flottant et est simplement tenu en place par la pression des cordes. L'action du vibrato est assez souple et pas très adaptée au petits coups secs et rapides. Les trois micros ont un excellent niveau de sortie et un grain très vintage comme il se doit !

 

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